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Une exposition originale et passionnante sur la bière se tient jusqu’au 15 septembre 2019 au Musée de la Chartreuse de Douai. L’Equipe de L’Echappée bière s’y est rendu. On vous en parle car cet événement culturel insolite vaut sacrément le détour !  

Depuis le 20 mars 2019, le Musée de la Chartreuse de Douai propose une exposition temporaire exceptionnelle qui s’intitule « A boire, quand la bière s’invite au Musée ». Un thème Ô combien alléchant pour l’équipe de L’Échappée Bière, vous vous en doutez ! Cela faisait désormais plusieurs mois que nous souhaitions découvrir cet événement culturel d’envergure. L’initiative déjà nous séduisait ! Qu’un Musée décide de mettre à l’honneur cette boisson millénaire, qui fait partie de notre culture et qui fait la fierté de notre région des Hauts-de-France est grandement appréciable ! Le projet rejoint une politique que nous défendons depuis nos débuts : redonner ses lettres de noblesse à un produit souvent déconsidéré, faire de cet élément constitutif de notre culture nordiste un facteur d’attractivité dans notre région. Qu’il soit possible d’y découvrir la bière de différentes manières, culturelle (exposition), expériencielle (dégustations, ateliers de brassage), touristique (visites de brasseries, d’houblonnière) positionne d’emblée la région comme une destination brassicole incontournable. Aussi saluons-nous cette initiative, portée par le Musée de la Chartreuse et la Ville de Douai.

A notre connaissance, c’est la première fois qu’une exposition est entièrement consacrée à ce thème en France dans un musée autre que les Musées de la Bière de Stenay et le Musée français de la Brasserie de Saint-Nicolas-de-Port.

Le contenu de l’exposition, enfin, aiguisait notre curiosité : qu’allait-on y découvrir ? qu’allait-on apprendre ? Allez, assez palabré ! On vous embarque.

Les jardins du musée aux couleurs de la bière 

En arrivant – première excellente surprise : la découverte du Musée en lui-même. Un ancien couvent mêlant les époques et les matériaux ! Devant nous, une longue façade alliant la pierre et la brique à côté de laquelle s’élance la chapelle avec sa haute façade blanche de style classique.

Un charmant jardin, au milieu duquel trône du houblon, planté pour l’occasion, invite à la déambulation. On a le plaisir de découvrir de grands panneaux, avec des infographies colorées expliquant la culture du houblon, les techniques de brassage. On aperçoit également, caché sous la végétation un fut de bière. Peut-être celui de L’Amusée…. La bière brassée pour l’occasion par le Lycée Bio Tech’ de Douai (Edouard Baer – Himself – en a parlé dans son émission sur France Inter : Podcast ICI ). Le cadre est donné ! Avec le soleil en prime, ça ne gâche rien et on se sent super bien !

Les représentations de la bière à travers les époques

Entrons désormais au cœur de l’exposition : celle-ci démarre dans le cloître du musée avec différentes œuvres picturales. Affiches publicitaires et caricatures nous plongent dans la fin du XIXème et le début du XXème siècle. Une superbe affiche (style art nouveau) d’Alfons Mucha nous montre que – dès la fin du XIXème – l’image de la femme est associée à la promotion de la bière. En bas de l’affiche : les brasseries de la Meuse, surmontées d’une magnifique femme dans une position lascive. Elle tient à la main une chope de bière dont la mousse déborde et l’on retrouve dans sa chevelure divers éléments liés à la fabrication de la bière : tiges et cônes de houblon ou encore brins d’orge. Cette réclame témoigne de la concurrence de l’époque qui obligeait les brasseries à se distinguer les unes des autres et à investir dans la publicité pour augmenter leur notoriété.

Les œuvres suivantes provoquent un amusement certain : la 1ère, pour le décalage existant avec notre époque actuelle. Elle porte en effet le titre « La bière est nourrissante » et nous montre deux femmes allaitant leurs enfants. L’une est souriante, pleine de vie avec un enfant bien portant dans ses bras et brandit un verre de bière tandis que l’autre, fatiguée, tente d’allaiter un enfant chétif. Son verre de bière, aux couleurs fades, trône à l’abandon sur le coin d’une table. Sous ces images, les légendes suivantes : « Elle achète ses bières à la brasserie » / « Elle fabrique sa boisson elle-même ». On pense à la loi Evin et à l’impossibilité de créer une telle publicité de nos jours ! Son objectif à l’époque ? Contrer la pratique du brassage-maison (la bière maison est appelée la bière au chaudron). Cette affiche nous dit aussi quelque chose de la société du début du XXème siècle. Il était en effet admis que la bière était une boisson hygiénique, nourrissante et galactogène (qui favorise la production de lait). Pour ce dernier point, ce n’est pas tout à fait faux. Pour cette même raison, les agriculteurs ont aujourd’hui encore des accords avec les brasseurs pour nourrir leur bétail avec les drêches de brasserie. Evidemment, avec la présence d’alcool hors de question d’encourager les jeunes mamans à boire de la bière à notre époque, aussi galactogène soit-elle !

Les effets néfastes de l’alcool sont justement mis en avant dans une caricature datant du XIXème qui porte le titre « Monsieur et Madame Toujourssoif en belle Humeur ». On y voit un couple que de multiples éléments opposent. Monsieur Jean Toujourssoif, ventripotent, brandit dans une attitude grossière une chope de bière dans une main et une pipe dans l’autre. Sa femme, elle, boit du café et possède une attitude irréprochable. Le message moral est évident ! Pour le plaisir, voici la prose qu’on peut lire :

« Jean Toujourssoif, capitaine de l’invincible compagnie des buveurs de bière.

Vivent la bière et ses amis !

On ne peut en aucun pays

Trouver un jus plus confortable,

Chaque jour vidant douze pots,

Jean Toujourssoif est gai, dispos

Et d’un embonpoint respectable. »

Sous le cloître, toujours, un focus passionnant est fait sur l’histoire de la brasserie à Douai. Il témoigne – en partie grâce à des archives photographiques – de cette économie qui a marqué le territoire.

Les pièces suivantes présentent plusieurs tableaux des XVIème et XVIIème siècle qui témoignent de la place qu’occupe alors la bière dans le quotidien, aux Pays-Bas et en Allemagne. Nous nous arrêtons ainsi devant plusieurs nature-mortes et vanités (vous savez, ces peintures allégoriques rappelant la fragilité de la vie). Ci-dessous, Nature morte au verre de bière. Avouons que la forme du verre nous a fait sourire (quoi, ça ne vous fait pas penser aux girafes ?). La scène donne l’impression d’un repas interrompu. Le désordre et les objets en déséquilibre évoquent le passage du temps et la mort qui peut arriver subitement.

Plus loin, plusieurs scènes de genre et portraits de « buveurs de bière » nous montrent que la boisson n’était pas populaire que dans les basses classes sociales, qu’elle pouvait donner lieu à des excès (Merveilleux tableaux avec des fêtes de village ou des scènes de taverne), qu’elle était associée au tabac et qu’elle occupait une place prépondérante à table ou dans les grandes fêtes populaires. C’est face au tableau Les Incompris que nous découvrons la vocation première du sous-bock ! Pourquoi donc les verres de bières – observés dans le tableau – reposent-ils sur des coupelles ? Ces dernières – pour éviter l’oxydation de la bière – servaient de couvre-chef au verre avant d’être placées sous la chope – pour éviter, cette fois, d’altérer la carbonatation avec le choc du verre sur la table. Le nombre de coupelles permettaient aussi au gérant des lieux de comptabiliser le nombre de bières consommées par ses clients. Initialement, le sous-bock n’est donc pas destiné à éviter de salir la table ! Du moins, pas uniquement.

 

 

Une étape de l’exposition est justement consacrée – non plus aux représentations de la bière – mais directement à la boisson et aux différents contenants que l’on pouvait utiliser entre le XVIème et le XXème siècle pour boire le précieux breuvage. Cette partie est tout à fait fascinante ! Chopes, pichets, canettes, canettes à couvercle, broc… autant de styles de verres qui nous font traverser les époques et nous renseignent sur les modes de consommation. Véritables œuvres d’art, ils sont tantôt réalisés en ivoire, en argent, en grès, en étain ou en faïence et ornementés, peints ou sculptés. Notre attention se focalise sur la « chope d’accouchée » qui, comme son nom l’indique, était offerte en présent aux mamans qui venaient d’accoucher. Vous le savez désormais, il était communément admis que la bière favorisait la montée de lait… Une discussion s’engage ensuite avec notre guide pour savoir ce qui distingue une « canette » d’une « chope » (les canettes du 16ème siècle n’ayant évidemment rien à voir avec nos canettes actuelles !). Impossible à dire malgré les recherches effectuées à ce sujet, nous répond-elle.

La fin de la visite nous conduit vers des œuvres plus contemporaines avec les bons mots de l’artiste BEN ou encore les œuvres fascinantes de l’américaine Karen Eland. Ici, la bière n’est plus uniquement le sujet de l’œuvre mais le médium principal pour la réaliser ! Les aquarelles exposées, qui détournent des œuvres connues ou reprennent de célèbres publicités sont réalisés à base de bière. Fascinant et réussi !

ALLEZ-Y !

Pour conclure, l’ensemble de notre groupe a été totalement séduit par l’exposition. Certains ayant une appétence plus ou moins grande pour l’art ou une connaissance plus ou moins grande de la bière. Ce ne fut jamais un obstacle à la compréhension des œuvres ni à leur appréciation. On en apprend autant sur la bière en elle-même que sur sa représentation et sa place dans la société à travers les époques ! Petit bémol toutefois sur l’éclairage des œuvres, assez sombre. Nous avions opté pour une visite guidée, ce que nous vous recommandons très fortement car les explications étaient vivantes et passionnantes ! La guide était par ailleurs équipée d’une lampe de poche salutaire pour mieux nous montrer les compositions des tableaux. Vous l’avez compris, on vous encourage fortement à visiter l’exposition ! Renseignez-vous au préalable sur le programme d’animations proposé en parallèle, histoire de faire coup-double.

 

Informations pratiques

Exposition « A boire !  Quand la bière s’invite au musée »

Jusqu’au dimanche 15 septembre 2019 (Fermé le mardi & le 15 août)

Pour plus d’infos et télécharger le programme des animations : https://bit.ly/2Mg5W7E

Musée de la Chartreuse de Douai – 130 Rue des Chartreux, Douai

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