Cidre : la nouvelle bière ?

Comme le XVIIe arrondissement fut le nouveau IXe, comme Messi fut le nouveau Maradona, le cidre serait-il la nouvelle bière ? La question mérite d’être posée : longtemps ringard, le jus de pomme fermenté connaît depuis moins de cinq ans un renouveau d’estime, une recrudescence de jeunes producteurs exigeants et créatifs, ainsi qu’un impressionnant renouvellement des goûts et des styles. Ça vous fait penser à quelque chose ? Pour autant, tout n’est – pour l’heure – pas encore tout rose au pays du cidre.

Cidre : un marché en baisse…

En effet, derrière l’effet de mode bien visible – dans les bars, les restaurants, sur le Web – les chiffres du cidre sont nettement plus modestes. Selon une étude de FranceAgriMer sur le marché du cidre en 2018, les cidres sont en recul tant en volume (-5.8%) qu’en valeur (-4.2%). Sur un marché des alcools en augmentation (en valeur) de 1.2%, le cidre contribue à 3.5% des pertes du marché, quand celui-ci est porté par la bière, représentant à l’inverse 83% des gains en valeur de ce même marché. Ainsi les ventes de cidre sont-elles passées de 52.3 millions de litres en 2016 à 49 millions en 2018.

Plus ennuyeux encore pour nos amis cidriers, les premiers contributeurs de ce recul sont… les jeunes : les moins de 35 ans en sont responsables pour 28% , les 35-49 ans pour 35%, quand les plus de 65 ans ne pèsent « que » pour 16% de cette dégringolade. Pour autant, quelques chiffres donnent le sourire. Si la vente de cidre s’effondre en grande distribution, elles se maintient en « proximité », comprenez dans les petits commerces, cavistes et vente directe. Plus intéressant encore, sur ce même segment, si le volume des ventes s’effrite légèrement (-1,6%), les ventes en valeur progressent (+0,6%). Traduction : on achète moins, mais des produits de meilleure qualité ! Ça ne vous fait penser à rien ??

Autre élément important, la bonne santé des cidres artisanaux et fermiers, avec des croissances en volume comme en valeur au-delà de 30%.  Ce qui plombe le secteur, ce sont les cidres qualifiés dans l’étude comme « non terroirs ». Comprenez les cidres d’entrée de gamme, industriels voire vendus en MDD (marque de distributeurs). Comme pour la bière, le consommateur s’oriente désormais vers le cidre qui a du goût ! Comme partout enfin, le cidre bio cartonne (+23.8% en volume).

…mais qui mute vers le premium.

Bref, le cidre vit une révolution comparable à celle qu’a connu la bière, avec quelques années de décalage. Et celle-ci ne saurait que prendre de l’ampleur, tant l’image du cidre se transforme. Plusieurs raisons à cela : la multiplication des jeunes marques et cidriers créatifs et rigoureux. Frouezh, Fils de pomme, Sassy, Appie, Mauret… autant de jeunes structures qui débarquent dans les bars et restaurants partout en France. Un renouvellement qui se traduit évidemment dans les goûts et les styles proposés au consommateur : finie l’unique alternative « brut ou doux ». Désormais, on trouve du cidre rosé, des cidres de glace, des  cidres aromatisées (orange, framboise…), des cidres sans sucres résiduels, et des cidres avec une incroyable finesse de bulle. Et ça fonctionne ! Eclor, l’un des leaders du marché (Loïc Raison et Ecusson, c’est eux !), expliquait en 2017 aux Echos que ces cidres new look représentaient alors 13% du marché, contre 3% seulement en 2011.

Et puis, cerise sur le gâteau aux pommes, le cidre commence à séduire le monde de la gastronomie. Et il peut compter dans ses rangs de sérieux ambassadeurs ! Kei Kobayashi, chef 2* Michelin, qui travaille le cidre dans sa cuisine, ou encore le célèbre Frédéric Anton, qui se fend même d’une vidéo à la gloire du cidre sur le site de l’Union Nationale Interprofessionnelle Cidricole (Unicid), à retrouver ici : https://www.cidresdefrance.fr/thierry-marx/ Une sacrée carte de visite.

Tous ces éléments mis bout à bout, on peut légitimement penser que le cidre est au seuil d’une période faste identique à celle que connaît la bière : recul des produits bas de gamme, créativité sans limite des producteurs, éducation du goût des consommateurs, et croissance sur des segments traditionnels, artisanaux voire gastronomique.

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