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Si l’on voulait écrire une histoire de la bière en France, il y a fort à parier que son premier chapître serait consacré à l’histoire des brasseries autour de Valenciennes, tant ce territoire est marqué depuis plusieurs siècles par une forte empreinte brassicole.

Naissance des brasseries autour de Valenciennes

Evidemment, il est toujours difficile de fixer un point de départ à un processus aussi diffus que le développement des brasseries artisanales. D’autant que, dans le Nord – enfin, les Hauts de France… – comme ailleurs, l’histoire de la bière commence dans les arrières-cuisines de chaque ferme, et entre les mains de chaque ménagère. Cette histoire, elle se dessine toutefois plus précisément à partir du Moyen-âge, au temps où la bière prend ses quartiers dans les abbayes. Celles de Saint-Saulve, Maroilles ou Saint-Amand se distinguent ainsi pour leur production de bière. Rappelons que si les abbayes fabriquent de la bière, c’est parce qu’avant l’introduction du houblon dans la recette de la bière, c’était le gruyt, un mélange d’herbes aromatiques, qui faisait office d' »épice » de la bière. Or, qui jouissait d’un monopole sur le gruyt ? Les moines… En parallèle, se développent aussi sur ce territoire les fermes-brasseries ainsi que des brasseries urbaines, qui donneront naissance à des corporations de brasseries.

XVIIe – XIXe siècles : une histoire de la bière mouvementée

L’autre révolution locale tient au rattachement du Hainaut à la France en 1678. L’état centralisé vient affaiblir les pouvoirs locaux et, de fait, affaiblir les corporations, parmi lesquelles celle des brasseurs. Deuxième coup de rabot à la puissance des brasseurs, dans le Hainaut comme ailleurs : la Révolution française et la loi Le Chapelier (1791), qui supprime définitivement les corporations. Un siècle plus tard, la Révolution industrielle et les découvertes de pasteur sur les levures vont à nouveau chambouler l’histoire des brasseries en France. La machine à vapeur, ainsi que la maîtrise des levures, vont permettre un essor très important de la production de bières. Dans le Hainaut, ces inventions nationales vont bénéficier d’un micro-événement local : l’explosion de l’extraction d’un gisement de houille datant du XVIIIe siècle, qui favorisera un développement industriel très important en surface. Valenciennes, Anzin, Denain, Hautmont, Maubeuge, deviennent d’importants pôles industriels. Ces pôles attirent des nuées de salariés et d’ouvriers qu’il faut loger, nourrir et… désaltérer ! Une aubaine pour les brasseries du secteur.

Brasseries du Nord : destruction puis renaissance

Ainsi le Valenciennois, avec 294 brasseries pour un arrondissement de 82 communes, fait-il figure de territoire brassicole d’exception avant la 1ère Guerre mondiale. Des brasseries très nombreuses, mais qui produisaient peu : rarement plus de 5000hl. Puis viennent les deux guerres mondiales, qui feront quasiment table rase du paysage brassiole local.En 1925, on ne compte plus que 141 brasseries, 59 en 1947. La descente aux enfers s’étirera jusqu’en 1990, où deux brasseries seulement seront recensées. Mais depuis une vingtaine d’années, le paysage retrouve des couleurs, avec plusieurs fleurons de la brasserie artisanale locale : l’historique et familiale brasserie La Choulette, à Hordain, la brasserie historique du Cateau-Cambrésis et la brasserie des Sources de Saint-Amand, sans oublier la brasserie Jenlain, autre institution incontournable, ou encore la brasserie Au Baron, qui produit la célèbre Cuvée des Jonquilles. A ces brasseries emblématiques, s’ajoutent depuis des années des micro-brasseries – Terre et Tradition à Quérénaing, La Dreum’ à Neuville-en-Avesnois – qui prouvent la fécondité retrouvée de ce territoire brassicole historique.

La célèbre brasserie Au Baron

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